Peintre et dessinateur Pionnier de l’art abstrait et figure incontournable de la modernité artistique au Québec.

À l’école de Borduas et de Pellan

Né à Montréal en 1922, André Jasmin obtient un Baccalauréat en arts à l’Université de Montréal en 1942. La même année, il entreprend un stage de deux ans à l’École du Meuble où il rencontre le professeur Paul-Émile Borduas et réalise ses premières œuvres. Cette rencontre influence profondément sa manière de penser et de créer. Elle marquera durablement son parcours, tant personnel que professionnel.

À la même époque, André Jasmin fréquente également l’atelier d’Alfred Pellan, autre figure majeure de la peinture québécoise. En 1943, il participe à l’exposition des Sagittaires, organisée par le critique d’art Maurice Gagnon, un événement fondateur qui réunit une nouvelle génération d’artistes et contribue à l’émergence de la peinture moderne au Québec.

Une liberté créative totale

Très tôt, André Jasmin choisit de suivre sa propre voie. Refusant les étiquettes et les appartenances aux courants de pensée, il développe une démarche personnelle, nourrie par ses lectures, ses réflexions et une passion profonde pour la peinture.

En 1948, alors que les tensions entre Borduas et Pellan divisent le milieu artistique, il choisit de ne pas prendre parti. Il ne signe ni le manifeste du Refus global publié par le groupe des Automatistes, ni l’appel de Prisme d’yeux porté par une quinzaine d’artistes réunis autour de Pellan.

Son exploration s’étend également bien au-delà de la peinture. Entre 1945 et 1950, il crée des décors et des costumes pour le théâtre, notamment pour les Compagnons de Saint-Laurent, la Compagnie des Masques et les Ballets Ruth Sorel. Il se passionne pour la sérigraphie, mais c’est surtout le fusain qui devient le cœur de son art, en dialogue constant avec une peinture en perpétuelle évolution.

L’abstraction comme moyen d’expression

Influencé par les maîtres du Cubisme Georges Braque et Georges Rouault, André Jasmin s’éloigne rapidement de la peinture figurative pour développer une abstraction lyrique, de plus en plus affinée. Ses œuvres des années 1950 et 1960 explorent sans cesse de nouvelles formes, techniques et matériaux, jouant avec les lignes, les courbes et les couleurs.

Sa créativité est débordante et son travail est rapidement reconnu. Dès 1947, il expose aux galeries Agnès Lefort et Denise Delrue, à la Galerie Libre de Montréal et à la Collector’s Gallery de New York, signe d’un intérêt croissant, tant du public que du milieu artistique. En 1955, il reçoit le prestigieux Prix peinture du Concours du Québec.

L’artiste a pour fonction de répandre son être. Il offre aux autres une grande part de lui-même et accueille des autres ce qu’ils lui offrent en retour. De cet échange à la fois mystérieux et magnifique, naît une harmonie intense et envoûtante.
André Jasmin, Carnet de notes, 1948

Partage et transmission

Au-delà de sa pratique artistique, André Jasmin s’investit profondément dans la transmission. Dès 1950, il commence à enseigner dans son atelier, avant de devenir, en 1958, professeur de peinture, de dessin et d’histoire de l’art à l’École des Beaux Arts de Montréal, amorçant ainsi une longue carrière d’enseignant et de critique.

Pour lui, enseigner est avant tout un espace d’échange, où l’on apprend autant que l’on transmet. Il occupe également des fonctions importantes, notamment comme directeur du département des arts visuels, puis vice-doyen de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), à laquelle l’École des Beaux Arts est intégrée entre 1969 et 1988.

André Jasmin contribue à rendre l’art accessible au plus grand nombre. Dans les années 1960, il participe régulièrement à des émissions de Radio-Canada. Il dirige comme scripteur et animateur une série de 11 émissions sur l’histoire de la sculpture et réalise des émissions spéciales consacrées à des artistes comme Van Gogh, Borduas et Pellan. En 1966, il donne une série de conférences sur les grands maîtres de l’histoire de l’art (Cézanne, Tintoretto, Rembrandt, Chagall, Bonnard, Pellan, Borduas, etc.) à la Galerie Nationale du Canada.

Une œuvre vivante

Au début des années 1970, André Jasmin entame une nouvelle phase de son œuvre. Durant cette période, effervescente, son style évolue sensiblement. Il revient au dessin de modèles vivants et renouvelle son approche des formes. Sous l’influence du peintre français Pierre Bonnard, il explore de nouvelles relations à la couleur dans des compositions triangulaires ou courbes, toujours animées d’un mouvement et d’une énergie singulière. Jusqu’à la fin de sa vie, il poursuit ainsi son travail avec la même énergie, animé par un désir constant d’explorer.

André Jasmin s’éteint à Montréal en 2020, après plus de 70 ans de création. Son œuvre, généreuse et intemporelle, témoigne d’un engagement profond envers l’art et le partage. Elle est aujourd’hui conservée dans plusieurs institutions prestigieuses, dont le Musée d’Art Contemporain de Montréal, le Musée national des Beaux Arts du Québec, le Musée d’art de Joliette, le Musée de London et le Musée des Beaux Arts du Canada, ainsi que dans de nombreuses collections privées.

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